Des galeries d’art dubaïotes

Voici aujourd’hui mon premier article en tant que tourdumondiste ! Notre première étape sur la route de Nouvelle-Zélande a été une escale de 3 jours dans une ville bien surprenante… Dubaï !

Que de contrastes dans cet émirat où se côtoient tours futuristes et vieille ville poussiéreuse, et où toutes les nationalités et toutes les religions cohabitent. Et contrairement à l’idée qu’on peut en avoir a priori, Dubaï développe fortement sa scène culturelle et commence même à être renommée pour ses galeries d’art !

J’ai eu la chance d’en visiter quelques-unes dans deux quartiers : la vieille ville d’Al Fahidi (dans le quartier de Bur Dubaï) et le Gate Village près de Burj Khalifa… que vous connaissez forcément pour être la plus haute tour du monde ! Voici mes impressions que 3 de ces galeries, dans mon ordre de préférence :

1 – XVA Gallery (Al Fahidi – Bur Dubaï)

Cette galerie est située dans l’une des très charmantes petites ruelles de la vieille ville d’Al Fahidi. Je vous recommande d’ailleurs de flâner au hasard dans ce dédale de maisons en gypse et en corail très bien restaurées qui transportent le visiteur dans un autre temps.

Lors de ma visite, la galerie accueillait une exposition de l’artiste contemporain Wissam Shawkat, un Irakien installé à Dubaï. Initialement spécialisé en calligraphie traditionnelle, il a développé un style très personnel : ses toiles utilisent les formes des lettres de la langue arabe, qui sont stylisées ou géométrisées jusqu’à se transformer en abstractions. Les oeuvres de son exposition Inside / Outside montrent bien ce travail sur les espaces à l’intérieur et à l’extérieur des signes linguistiques.

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Leur esthétique m’a beaucoup plu pour sa simplicité, son élégance et son pouvoir d’évocation. En regardant Wave 2, j’ai l’impression de voir des animaux fabuleux dans le courant. Puis dans Dialogue 4, deux de ces créatures sont face à face, deux êtres de la même espèce mais avec leur individualité propre. Le titre nous indique que loin d’être en position d’attente avant un combat, ils sont plutôt en train de communiquer et de développer une compréhension mutuelle. Un message optimiste dans le contexte actuel ! Quant aux Red Monument, Blue Monument et Black Monument, ils m’évoquent simplement des formes mystérieuses du monde oriental et font naître tout un imaginaire de palais et de mosquées sur fond de désert.

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Wave 2
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Dialogue 4
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Red Monument, Blue Monument, Black Monument

Mais ce qui m’a également plu chez cet artiste, c’est la référence à de nombreuses influences : sa Bauhaus Dance fait explicitement référence au mouvement artistique allemand, qui recherche une forme d' »oeuvre d’art totale » en réunissant artistes, artisans et industriels. Son esthétique passe souvent par la simplification et la géométrisation des formes, comme on peut le voir dans l’affiche du Bauhaus ci-dessous. Quant au Fauteuil de Gerrit Thomas Rietvelt, il a exactement le même chromatisme que la toile de Shawkrat ! L’utilisation de ces trois couleurs primaires évoque également l’oeuvre d’un Mondrian.

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Affiche du Bauhaus
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Fauteuil, Gerrit Thomas Rietvelt

Enfin, les Dancing Figures rappellent des formes cubistes utilisées par Picasso.

Une belle découverte donc, d’une artiste que j’essayerai de suivre régulièrement !

2 – Opera Gallery (Gate Village – Downtown)

La deuxième galerie que j’ai aimé visiter est cette fois une galerie internationale. D’abord ouverte à Singapour par un Français, son réseau comporte 12 galeries dans le monde. Ici, le concept se veut généraliste : des oeuvres modernes à contemporaines, où du Pop Art ou du Street Art côtoient des artistes émergeants du Moyen-Orient.

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Vue de la galerie

Les oeuvres exposées sont d’abord ludiques et pop, comme cet Elvis fait de multiples petites figurines animales qui évoque le travail de Warhol, ou cet homme-horloges un peu kitsch.

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Le Street Art est aussi à l’honneur avec une oeuvre qui m’a beaucoup plu, où Einstein tient un panneau « Love is the answer » avec des références pop en fond.

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On croise également le Français Gully, qui transpose des oeuvres célèbres dans son univers : ici, les fleurs et les personnages de manga de Murakami (dont vous pouvez découvrir la dernière expo parisienne ici) décorent les murs d’une chapelle et où l’on croise de petits vendeurs de journaux bien contents de s’y être égarés.

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Plus loin, les geishas du Français Jean-Pierre Roc-Roussey, aux corps allongés et perdues dans leurs immenses kimonos colorés, côtoient des sculptures aux couleurs fluos comme cette tête orange, qui évoque les formes arrondies utilisées par Picasso pour représenter sa maîtresse Marie-Thérèse Walter.

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Enfin, des oeuvres orientales comme ces calligraphies colorées ou cette immense vague formée de signes arabes permettent de découvrir des artistes du Golfe.

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Il est particulièrement agréable de se promener dans ce très bel espace sur deux étages. Cela part un peu dans tous les sens, mais je trouve que ce panorama éclectique vaut bien une visite ! Je compte bien découvrir la galerie parisienne en rentrant de voyage.

3 – Ayyam Gallery (Gate Village – Downtown)

La troisième galerie dont je vais vous parler met à l’oeuvre plusieurs artistes moyen-orientaux sur le thème « Shapeshifters and Transformations ». 3 oeuvres sont particulièrement attiré mon attention. D’abord une peinture en noir et blanc du syrien Tammam Azzam qui représente un bâtiment en pleine destruction, comme un tragique arrêt sur image de l’une des scènes de guerre que l’on voit malheureusement si régulièrement dans les médias ces temps-ci.

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Storeys series, Tammam Azzam (2014)

Un très émouvant profil de femme ensuite, dont la stylisation fait penser à l’art égyptien antique. Ce personnage de l’artiste syrien Safwan Dahoul semble aussi comme déstructuré, sans lien entre la tête et le reste du corps, avec le regard vide, comme pour évoquer le désespoir lié aux souffrances subies par le peuple syrien.

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Dream serie, Safwan Dahoul (2015)

Enfin, j’ai été intriguée par la série d’images de l’artiste saoudien Faisal Samra, l’un des plus reconnu du monde arabe (il a notamment exposé à l’Institut du Monde Arabe à Paris). Elle présente trois arrêts sur image du même personnage en mouvement, qui semble vouloir se libérer des tissus dans lesquels il est enroulé. Transformé par le mouvement, le personnage semble se muer en tâches de couleurs, son identité comme en train de se dissoudre.

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Distorted Reality series, Faisal Samra (2007)

J’espère que ce petit aperçu des galeries dubaïotes vous aura inspiré. En attendant de passer par Dubaï, n’hésitez pas à visiter l’Opera Gallery à Paris (rue du Faubourg Saint-Honoré) et à suivre le travail des artistes moyen-orientaux contemporains, qui en vaut vraiment la peine (à commencer par Wissam Shawhat !).

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