L’Art Gallery d’Auckland, un superbe musée incontournable en Nouvelle-Zélande

Pendant mes 4 jours à Auckland – la plus grande ville de Nouvelle-Zélande mais pas la capitale, qui est Wellington – j’ai pu visiter l’Art Gallery qui m’a énormément plu. J’ai suivi l’excellente visite guidée du musée, qui est proposée deux fois par jour. Elle est 100% gratuite, tout comme l’entrée du musée d’ailleurs !

L’Art Gallery est déjà un magnifique bâtiment en lui-même, très bien rénové dans les années 2005 à 2011. Son architecture est assez incroyable, avec sa façade de verre et ses grands piliers qui soutiennent une voûte en bois. Et elle n’a pas été conçue ainsi par hasard, mais en référence à la légende maorie de la création du monde.

Selon cette légende, à l’origine le dieu du ciel et la déesse de la terre étaient collés l’un à l’autre, perpétuellement enlacés. Mais leurs enfants étaient emprisonnés entre eux dans une nuit infinie. L’un de ces enfants, le futur dieu des forêts, a alors écarté ses parents l’un de l’autre pour se libérer, créant dans le même temps le monde et lui apportant la lumière. Ainsi les piliers de bois du bâtiment représentent ce dieu tenant à distance la Terre de la voûte céleste !

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Quant à la sculpture symbole du musée, en bas-relief sur son mur gauche, elle fait référence à la fois aux traditions maories et à l’environnement géographique d’origine du musée. Le musée est ici une « boîte aux trésors », comme celle que les maoris plaçaient sur leurs canoës et qui est représentée au centre de l’oeuvre. Mais on y voit aussi une rivière, qui coulait à l’origine devant le musée. Quant aux triangles, ils représentent le village qui s’étendait autour de la Gallery.

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Sculpture symbolisant le musée

Le musée comporte 4 étages, dont le plus passionnant est pour moi le niveau 1 (rez-de-chaussée pour nous) consacré à l’art néo-zélandais. La première salle est consacrée à des oeuvres parlant de la création du monde. Après le « rien » des origines, de la « longue nuit » a surgi le monde vivant. L’ère de ténèbres est vue plutôt comme quelque chose de positif dans la pensée maorie car elle a ce potentiel de création de la vie. L’oeuvre de Ralph Hotere le montre bien, avec ces bandelettes de lumière qui surgissent de l’obscurité.

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Black Cerulean, Ralph Hotere (1999)

On apprend également ici à quel point la terre est importante pour les maoris. L’oeuvre de Brett Graham représente un « ponga », une pierre utilisée comme ancre pour les canoës, mais renvoie aussi à l’idée d’avoir une place dans le monde, un lieu d’ancrage justement. Ainsi les maoris définissent leur identité non seulement par un village ou une ville de naissance, mais aussi par la montagne, la rivière ou la forêt qui se trouve sur leur territoire.

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Tu Pasifika, Brett Graham (1998)

Plus loin sont exposés des artistes socialement engagés. Allie Eagle défend le droit des femmes à disposer de leur corps dans une oeuvre difficilement soutenable.

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This woman died, I care, Allie Eagle (1978)

Puis on découvre une sculpture de Michael Parekowhai, en apparence ludique et presque anodine, mais qui recouvre en fait un message puissant. Il s’agit d’un faux garde du corps qui fait partie d’une série de sculptures similaires ; seul varie le badge du garde, ici « Pakaka » qui veut dire orange (la couleur). Il évoque la négation de l’identité des maoris qui a pu avoir lieu au cours de l’Histoire, avec des populations réduites au silence. L’artiste dénonce aussi le stéréotype d’une culture maorie violente, confinée à de petits boulots. Mais à cet argument politique fort, il ajoute un lien avec son histoire personnelle : le garde a les traits de son frère et il est tourné vers les oeuvres d’un photographe qui est un ami de l’artiste.

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Kapa Haka (Pakaka), Michael Parekowhai (2003)

La politique est également au coeur de l’oeuvre suivante. Elle fait référence au débat qui a eu lieu dans les années 80, quand la Nouvelle-Zélande se posait la question de développer un pouvoir nucléaire. Elle présente un monde apocalyptique post-nucléaire, où réussir à se protéger soi et les siens deviendrait la préoccupation unique.

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Comment se protéger dans un monde post-nucléaire ?

Dans ce musée, on en apprend aussi plus sur l’Histoire de la Nouvelle-Zélande. Le pays aurait été découvert par des Polynésiens vers 1200 (voire avant). Après quelques contacts ponctuels avec les Européens aux 17e et 18e siècles, c’est au 19e siècle que les colons (essentiellement Britanniques) arrivent par vagues de plus en plus importantes. En 1840, le traité de Waitangi fait du pays une nation unifiée mais surtout une colonie britannique. Ce traité est très controversé, car sa version en maori garantissait aux chefs leur souveraineté locale, tandis que la version anglaise imposait aux maoris de céder les pleins pouvoirs au gouvernement britannique.

L’oeuvre de Kura Te Waru Rewiri exprime ces tensions, avec le « X » qui était la signature des maoris ne connaissant pas d’alphabet. La structure en triptyque évoque les tableaux européens d’autel aux sujets sacrés, en contradiction avec le noir qui reflète l’histoire sombre d’un traité qui n’a pas été respecté.

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Te Tohu Tuatahi, Kura Te Waru Rewiri (1991)

Car même si la propagande des Compagnies Maritimes présentait la Nouvelle-Zélande comme un paradis, comme dans le tableau de Albin Martin, les colons devaient bien récupérer des terres pour s’y installer ! Rien d’étonnant à ce que les maoris se soient battus pendant des dizaines d’années (de 1843 à 1872) contre la spoliation de leurs terres. Le peintre représente ici la mort du chef maori ayant pris le nom anglais de William Thompson, qui aurait légué ses terres à un Européen. Mais cet engagement oral a été combattu par la famille du chef, pour que ses terres restent maories.

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The Death of William Thompson, the King-Maker, Albin Martin (1876)

L’étage se termine par la magnifique galerie Grey, du nom d’un gouverneur contesté : il a aidé les migrants à trouver du travail sur place, mais est aussi à l’origine de lois de confiscation des terres maories. On y voit une oeuvre intrigante, véritable patchwork d’objets liés à l’arrivée des migrants : des objets « positifs », symboles d’un commerce florissant (plumes, bijoux…) mais aussi des traces rouges représentant le sang et la violence. Les cicatrices laissées par cette période troublée ne sont pas encore refermées, même aujourd’hui.

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Change/Exchange, Christine Hellyar (2008-16)
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Vue de la galerie Grey
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Vue de la galerie Grey

Les autres étages du musée valent également le détour. Au 2e étage, la galerie Mackelvie porte le nom d’un des premiers colons, venu en Nouvelle-Zélande pour se faire un nom. Devenu riche en investissant dans des mines d’or, il est ensuite rentré en Europe. Pour remercier le pays qui l’avait rendu célèbre, il lui a donné de nombreuses oeuvres achetées à travers toute l’Europe. Il y a ici des peintures du Moyen-Age jusqu’au 17e siècle au moins, notamment un très beau tableau de Guido Reni.

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Vue de la galerie Mackelvie
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Saint-Sébastien, Guido Reni (1625)

Au 3e étage, c’est l’époque moderne qui est mise en valeur : les Impressionnistes avec un superbe Monet acquis récemment (Le Pont Japonais) mais aussi des oeuvres fauves, cubistes ou surréalistes. Il y a même un Picasso !

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Le Pont Japonais, Claude Monet (1918-1924)
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Verre et pichet, Picasso (1944)

Enfin au 4e étage, la création contemporaine est à l’honneur. Au moment de ma visite, l’exposition « Dark Matter » de la photographe Ann Shelton révélait des histoires cachées. Sa série de plantes semble très esthétique, mais en y regardant de plus près il s’agit de végétaux utilisés comme moyen de contraception de fortune. Comme Allie Eagle, la photographe affirme le droit des femmes à disposer de leur corps.

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Série de photographies d’Ann Shelton

Dans la série « A room of one’s home », elle montre des vues d’hôpitaux psychiatriques pour femmes. Les clichés de forme ronde donnent l’impression de regarder à travers un trou de serrure quelque chose qu’on ne devrait pas voir. Les photos renversées troublent la perception et créent comme une nouvelle image. Ann Shelton montre ainsi qu’une photo, tout comme une peinture, raconte une histoire subjective. Ce n’est qu’une vérité possible, pas la vérité absolue.

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Une visite passionnante donc, dans un bâtiment vraiment exceptionnel : l’un des plus beaux musées que j’ai visités à l’étranger ! Je vous le recommande fortement si vous avez l’occasion de passer dans cette région du monde !

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