En balade sur les traces d’Haussmann

Vous voulez comprendre comment Haussmann a changé Paris ? La balade très sympa proposée par la start-up Des Mots et Des Arts vous emmènera depuis le quartier de la Trinité jusqu’à l’Opéra. La guide passionnée par son sujet vous fera découvrir les rues et les monuments emblématiques du quartier, au gré d’explications historiques très intéressantes. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est qu’on a enfin l’occasion de véritablement regarder ces fameux immeubles haussmanniens devant lequel on passe tout le temps sans y penser ! On apprend à la fois à les replacer dans leur contexte historique et à mieux comprendre leur esthétique.

Vous verrez d’après mes photos que le temps était plutôt gris et froid le jour de la balade, mais dès que la balade a commencé je n’y ai plus pensé ! Même si je dois bien avouer que le passage dans le Grand Hôtel au chaud, dans un décor de Noël incroyable, a été bien agréable !

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Le hall du Grand Hôtel rue Scribe

La balade commence devant le square de la Trinité et son Eglise, construits par Haussmann. Mais pour mieux comprendre, il faut remonter dans le temps… En 1851, Napoléon III fait son coup d’Etat : c’est le début du Second Empire. L’une de ses décisions les plus importantes consiste à lancer une vaste politique de grands travaux. Mais pourquoi une telle volonté de modernisation à grande échelle de Paris ? L’Empereur a en fait été fortement inspiré par Londres où il a passé des années en exil dans sa jeunesse : incendiée en 1666, la ville avait été complètement reconstruite et devenue un modèle d’urbanisme au 19e siècle !

En comparaison, les problèmes de Paris sont évidents : des épidémies de choléra à répétition en raison de l’insalubrité et du manque d’hygiène, une quasi absence d’éclairage public empêchant la circulation de nuit et augmentant l’insécurité… Il y a de quoi faire !

C’est Haussmann, nommé Préfet de la Seine, qui a la responsabilité du projet (il ne deviendra baron que plus tard, en récompense de ses efforts) – même si on oublie souvent qu’il a toute une équipe d’ingénieurs talentueux avec lui. Sa vision pour Paris s’oriente autour de 3 axes :

  • Aérer la ville : supprimer tous les taudis, créer des espaces verts (comme les Buttes Chaumont ou Montsouris) et planter des arbres sur tous les grands axes
  • Embellir la ville : grâce à de nouveaux monuments (comme l’Opéra) ou la mise en valeur de monuments existants (comme le parvis de Notre-Dame)
  • Unifier la ville : créer 20 arrondissements en annexant les villages à la périphérie de la ville, et percer de grands axes pour mieux desservir les gares

Et ces projets suffisent déjà à lancer la dynamique dans la ville : le quartier autour de l’emplacement de l’Opéra devient « chic » avant même sa construction ! Il devient bientôt le quartier des affaires. L’Eglise de la Trinité est alors construite par Théodore Ballu, l’architecte de l’Hôtel de Ville. Son éclectisme est typique du Second Empire : pour en savoir plus sur l’art de cette période, je vous recommande fortement l’exposition « Spectaculaire Second Empire » au musée d’Orsay jusqu’au 15 janvier 2017.

L’Eglise comporte des éléments néo-gothiques (comme la plupart des églises construites à cette époque) par exemple sa rosace, mais elle se différencie des autres par son style principal néo-Renaissance avec beaucoup de sculptures et d’ornements classiques. Son horloge la rapproche d’un beffroi. Et, comble du chic, elle dispose d’un portail « carrossable » : les carrosses des riches fidèles pouvaient les déposer juste devant l’entrée ! Il s’agit d’ailleurs d’une entrée à trois porches, avec trois statues… La symbolique de la Trinité est bien présente !

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Eglise de la Trinité

Dans la vision d’Haussmann, construire un nouveau monument c’est aussi aménager son environnement : Ballu construit également les immeubles autour de l’Eglise avec leurs façades identiques. Les squares apparaissent également à cette époque : le premier est créé en 1855. Mais rien ne serait possible sans le développement du mobilier urbain, notamment les lampadaires qui permettent enfin de se promener de nuit dans un Paris éclairé.

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Vue sur le square et l’Eglise de la Trinité

De l’autre côté de la place, on se rend compte que les immeubles ont tous des caractéristiques similaires : un entresol, quelques étages et des combles. Tout autour de la façade des premiers et derniers étages, on aperçoit souvent un « balcon filant ». Mais en regardant plus attentivement, on voit aussi que les artistes ont réussi à se différencier par de multiples détails : des pilastres sur un ou deux niveaux, des consoles (éléments qui supportent les balcons) carrées ou arrondies ou encore des statues « atlantes », équivalents masculins des cariatides.

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Façade haussmanienne avec doubles pilastres

Mais au-delà de l’esthétique elle-même, l’architecture reflète la hiérarchie sociale de l’époque : le premier étage est réservé aux élites, pour qu’ils n’aient pas à prendre l’ascenseur – car ce n’est pas « chic » ! Et plus on monte, plus les appartements sont petits jusqu’aux chambres de bonnes du haut. Il y a même deux escaliers pour que les bourgeois et les bonnes ne se croisent pas !

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Facade place Estienne d’Orves avec des atlantes

Les locataires sont aussi particulièrement défavorisés par rapport aux propriétaires : ils peuvent être expropriés ou voir leur loyer augmenter du jour au lendemain. Le caricaturiste Daumier dénonce ces pratiques dans « Mr Vautour » par exemple.

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Daumier, caricature Mr Vautour (1854)

En remontant la rue de Châteaudun puis en tournant à droite dans la rue Taitbout, on arrive bientôt au croisement avec la rue de la Victoire. En la prenant à gauche, voici bientôt la Grande Synagogue construite par Haussmann à la demande des Rothschild. Il fallait forcément qu’elle soit dans ce quartier des affaires ! Malgré son emplacement dans une petite rue, elle est vraiment monumentale. De style néo-roman, elle a une façade très ornée avec des motifs végétaux et les tables de la loi juive tout en haut. Comme pour l’Eglise de la Trinité, son porche est carrossable pour pouvoir déposer les fidèles juste devant !

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Grande Synagogue de la Victoire

La guide nous fait alors revenir sur nos pas pour finir de descendre la rue Taitbout, puis nous prenons la rue de Provence sur quelques mètres… Et là surprise, nous passons sous un porche à gauche, pour déboucher sur une petite place qui abrite la Cité d’Antin. Elle témoigne de l’architecture des années 1830 avant Haussmann, avec des étages beaucoup plus irréguliers et des persiennes qui ne seront plus utilisées ensuite (pas question de masquer les nouvelles façades !).

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Façade des années 1830 dans la Cité d’Antin

Puis ce sont les rues La Fayette, en passant devant les Galeries, et la rue de la Chaussée d’Antin avec ses immeubles en enfilade qui donnent l’impression de ne faire qu’un.

Enfin, nous débouchons sur la place de l’Opéra. Après l’attentat raté de la rue Peletier où se trouvait l’ancien Opéra, Napoléon III lance un concours pour le reconstruire sur un emplacement plus sécurisé… C’est Charles Garnier qui gagne en 1861. Même si l’inauguration n’aura lieu qu’en 1875, le quartier se développe dès le lancement des travaux en 1862. Le projet de Garnier est très décoratif, avec de multiples matériaux pour créer une impression de féerie… Et bien sûr, les initiales des commanditaires Napoléon et Eugénie, N et E, sont en bonne place sur la façade. Quant à l’avenue de l’Opéra, elle est la seule grande artère sans arbres pour éviter de boucher la perspective jusqu’à l’Opéra !

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Avenue de l’Opéra, soleil, matinée d’hiver – Camille Pissarro (1898)

Un peu plus loin en descendant le Boulevard des Italiens, nous arrivons au début de la rue Scribe, qui est l’occasion d’une halte au Grand Hôtel en place depuis 1862. Il bénéficie de sa proximité avec la gare Saint-Lazare pour attirer les touristes étrangers. L’intérieur est magnifique avec ses décorations de Noël et sa salle de bal incroyable. On ne penserait jamais qu’une telle magie se cache derrière une façade haussmannienne semblable à toutes les autres… !

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Plafond du Hall du Grand Hôtel

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Salle de bal du Grand Hôtel

En ressortant au bout de la rue, on a une belle vue sur l’entrée latérale de l’Opéra, réservée à l’Empereur avec accès à sa loge privée. Malheureusement il n’aura jamais l’occasion de l’utiliser, car il mourra avant l’inauguration du monument en 1875 par le Président Mac-Mahon. Les travaux ont justement traîné car l’Opéra était très associé avec le régime du Second Empire…

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Entrée latérale de l’Opéra

Le Paris d’Haussmann a d’abord été reçu positivement par la population grâce au développement des égouts pour plus de salubrité, à l’arrivée de nouveaux services publics comme les crèches… Les artistes aussi l’apprécient, surtout les Impressionnistes comme Pissarro ou Caillebotte.

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Un balcon – Gustave Caillebotte (1880)

Mais à la chute du Second Empire, Haussmann a beaucoup été critiqué pour sa gestion de l’argent. Jules Ferry parlera même des « comptes fantastiques d’Haussmann » (jeu de mot avec la pièce des « Contes fantastiques » d’Hoffmann !). On lui a aussi reproché d’avoir détruit le Paris ancien. Mais Haussmann, qui s’appelait lui-même un « artiste démolisseur », a pourtant créé le Musée Carnavalet pour conserver les vestiges de l’ancien temps.

Je garde un très bon souvenir de cette balade et maintenant je regarde les immeubles et monuments haussmanniens différemment ! C’est même tout le quartier que je vois d’une autre façon maintenant que je connais son histoire. Et l’exposition au Musée d’Orsay en est un très bon complément pour mieux comprendre le Second Empire, période foisonnante dans les arts plastiques comme en architecture !

En attendant, voici la carte de la balade :

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