Un voyage dans le temps fascinant à Montparnasse

Quand on se balade à Paris, on oublie souvent que les lieux ont une histoire et qu’ils ont vu se dérouler tellement de vies avant les nôtres… A Montparnasse, c’est sur les traces des plus grands artistes des années 1910-1945 que nous emmène la superbe balade proposée par la start-up Des Mots et des Arts.

En effet les artistes ont élu domicile dans différents quartiers selon les époques : Saint-Germain dans la première moitié du 19e siècle, puis Montmartre entre 1850 et 1910, car ce quartier était encore en-dehors de Paris et donc moins cher pour les artistes bohèmes. A partir de 1910, leur statut s’améliore et ils déménagent vers un Montparnasse plus attractif. Mais avec la fuite des capitaux américains dans les années 30, Montparnasse décline. Dans l’après-Guerre s’opère un retour aux sources à Saint-Germain… La boucle est bouclée !

Des Mots et Des Arts proposent donc 3 balades : j’ai déjà commenté la passionnante balade à Saint-Germain ici, et je compte bien suivre celle à Montmartre. Mais aujourd’hui, je vais vous parler de Montparnasse !

La guide a vraiment le don de faire revivre les grands noms qui ont habité ces rues : le couple Aragon et Elsa Triolet, Modigliani, ou Picasso qui déménage de Montmartre et s’installe Boulevard Raspail en 1912. Mais aussi des personnages plutôt oubliés mais pourtant si essentiels à l’âme du quartier de l’époque, comme la modèle Kiki, muse des artistes et maîtresse de Man Ray. Les explications à chaque arrêt de la balade ressemblent plus à une histoire qui se construit petit à petit et qui nous replonge dans l’atmosphère de ces années 20 : son bouillonnement créatif, ses grands cafés où se croisent les artistes comme dans un petit village, ses fêtes arrosées jusqu’au bout de la nuit…

La balade commence devant La Closerie des Lilas, le premier grand café qui ouvre en 1847. A l’époque, il s’appelle « Le Bal Bullier » et est encore à l’extérieur de Paris au milieu des champs et des entrepôts ! Les paysans y stockent leurs marchandises pour éviter de payer la taxe imposée pour toute entrée dans Paris… L’établissement actuel date de 1903 et abrite des débats littéraires.

Mais à la grande époque s’y retrouvent Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Hemingway ou Fitzgerald… Tout le monde se connaît et discute avec animation du travail des uns et des autres. C’est le lieu de célèbres bagarres et de débats plus qu’animés ! Mais aussi d’anecdotes heureuses : attablé en terrasse en 1918, le peintre Fernand Léger voit passer une jeune femme en robe de mariée à bicyclette… Intrigué, il l’aborde et ils font connaissance. Quelques temps après, elle deviendra sa femme !

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En remontant le boulevard Montparnasse, on passe devant des boutiques d’antiquaires. Elles se développent énormément au moment des destructions de bâtiments ordonnées par Haussmann : les antiquaires récupèrent les morceaux et les revendent ensuite aux artistes !

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Un peu plus loin se trouve l’appartement de Claude Simon, écrivain prix Nobel de Littérature en 1985. Il l’avait mis à disposition de la Résistance car son immeuble disposait d’une sortie à l’arrière bien pratique en cas d’alerte. On essaye alors de s’imaginer ce que c’était de vivre pendant cette période, la vie de quartier stoppée, la peur des arrestations… Pourtant le marché de l’art et les cafés n’ont jamais aussi bien marché qu’à cette époque !

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Nous tournons ensuite dans la rue Campagne-Première. A l’angle se trouvait le restaurant Le Caméléon et ses célèbres choucroutes, l’un des rares plats que pouvaient s’offrir les artistes pauvres ! A partir des années 1923, l’arrivée de riches collectionneurs américains remplit un peu plus leurs poches, et ils se retrouvent de préférence dans la boîte de nuit Le Jockey, dans une ambiance plus festive et moins bohème. Hemingway le raconte très bien dans son livre Paris est une fête.

Au n°3 de la rue se trouvait la Trattoria de Mme Rosalie, où se retrouvaient Modigliani et Diego Ribera pas toujours dans le plus grand calme… Modigliani s’écrit un jour que « le paysage n’existe pas », Ribera clame l’inverse… Le tout sous le regard ironique de Picasso !

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Au n°5, c’est Aragon et Elsa Triolet que l’on pouvait croiser : ils quittent leur chambre d’hôtel sans confort pour un appartement financé par un mécène.

Quant au n°9 et ses grandes verrières sur cour, c’était une cité d’artistes. Comme la plupart des ateliers d’artistes, ceux-ci sont orientés au Nord pour recevoir une lumière qui ne change pas au cours de la journée. C’est ici que se  développe l’Ecole de Paris à partir de 1925 autour de l’écrivain André Salmon. Des artistes venus du monde entier se regroupent pour vivre ensemble, manger ensemble, créer ensemble… dans un foisonnement d’idées permanent !

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Au n°17, le photographe Eugène Atget travaillait sur ses clichés sur le thème de la Révolution industrielle et du développement de la société de loisirs : des scènes de canotage, des vues des plages de Normandie… Son regard sur la vie quotidienne enthousiasmait son voisin Man Ray, qui n’a malheureusement jamais réussi à le convaincre de son talent. Ce n’est qu’après la mort d’Atget que Man Ray récupère ses œuvres et les montre lors d’expositions.

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Au n°29 se trouve l’hôtel Istria, où ont vécu Picabia, Duchamp, Tzara… Aragon l’évoque dans son poème « Il n’y a de Paris que d’Elsa ».

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Enfin la magnifique façade du n°31 abrite l’atelier d’artiste où la modèle Kiki vivait avec Man Ray. Cette jeune femme pauvre est une véritable héroïne de roman : non reconnue par son père, elle rejoint sa mère à Paris à 12 ans. Renvoyée de la boulangerie où elle travaillait, elle erre dans les rues de Paris où elle rencontre un peintre. Pour compenser son salaire envolé, elle accepte de poser pour lui… Mais quand sa mère l’apprend, elle la chasse de chez elle ! Heureusement les artistes deviendront sa deuxième famille, et elle sera l’une des plus importantes modèles des années 20.

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La balade tourne ensuite à droite sur le Boulevard Raspail, où habitaient Picasso, Matisse, mais aussi les Stein, grands collectionneurs américains. Enfin la dernière étape est le Carrefour Vavin, véritable centre artistique du monde de l’époque avec ses cafés mythiques. Le Dôme est le premier à ouvrir en 1898 et attire une élégante clientèle internationale – de potentiels mécènes !

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Puis la Rotonde en 1911, dont le patron Libion est un véritable bienfaiteur pour les artistes : il suffit de commander un café pour y rester attablé toute la journée, et le patron ne semble pas compter les viennoiseries qu’il distribue… Une anecdote fameuse raconte qu’invité à l’anniversaire de Modigliani, il réalise que tout vient de chez lui : la nourriture, la table et même la vaisselle ! Il en prend son parti : au point où il en est, il va chercher du vin dans sa cave pour arroser le tout !

Cette balade est captivante car elle parle d’une époque où les artistes s’inspirent de leur quartier pour créer leurs œuvres (ce qui n’était pas le cas avant le 19e siècle, quand les œuvres étaient réalisées en atelier sur commande, sans intérêt porté à la vie de l’artiste). Elle fait revivre l’esprit du quartier, où tous les arts se mélangent dans les rues, les cafés, les hôtels… dans le tourbillon des artistes qui ont donné une âme à ces lieux.

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil aux balades proposées par Des Mots et Des Arts ici.

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La carte de la balade

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