Le temple égyptien, la « maison du dieu »

Beaucoup d’éléments caractéristiques de la civilisation égyptienne sont connus de tous : les pyramides, les hiéroglyphes, les Pharaons… Mais savez-vous à quel point le temple est important dans le système de croyances égyptien, et quels rites et symboles lui sont associés ?

En égyptien, le mot utilisé pour désigner le temple signifie littéralement « la maison du dieu » ou « le domaine du dieu ». Vous pouvez voir ci-dessous le hiéroglyphe associé, représentant une maison, avec à l’intérieur le signe « dieu » sous la forme d’une hampe (un long bâton au bout duquel on peut accrocher un drapeau). Un autre exemple montre le seul signe du dieu associé au vautour Mout (mère) pour signifier « la mère de dieu », c’est-à-dire la déesse Isis.

Au-delà de cette figuration écrite, des représentations peintes ou en bas-relief de temples ont pu être retrouvées dans des tombes de prêtres ou de hauts fonctionnaires, les plus anciennes datant des années 3000 avant JC. Des croquis techniques d’ouvriers représentant des plans ont également permis d’en savoir plus sur ces édifices mystérieux.

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Scène représentant l’ouest du temple de Karnak avec son quai – tombe de Neferhotep, chef des scribes

Mais en ce qui concerne les temples eux-mêmes, très peu ont été conservés avant le Nouvel Empire (à partir de -1550, sachant que les premières dynasties égyptiennes datent d’environ -3300). C’est en effet à cette époque que le grès remplace le calcaire comme matériau principal de conservation. Or le calcaire était un matériau beaucoup plus convoité : les temples anciens étaient fréquemment démantelés afin de réutiliser les blocs de calcaire pour d’autres constructions.

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Entrée du temple de Karnak – crédit ccarlstead

Pour construire ce temple, il fallait respecter des règles très strictes afin d’accueillir la divinité au mieux. Ainsi le rituel de « fondation du temple » comporte 10 étapes, en commençant par « tendre le cordeau », c’est-à-dire planter 4 piquets et tendre une corde entre eux afin de délimiter l’emplacement du temple. Il faut ensuite tracer un sillon dans la terre jusqu’à apparition de l’eau, mouler la brique… jusqu’à la remise du temple à son maître le dieu, qui prend possession de l’espace par l’intermédiaire de sa statue de culte.

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Etape 1 : Tendre le cordeau

Au-delà du rituel, les constructeurs égyptiens suivent un plan de plus en plus standardisé pour bâtir leur temple :

  • Une voie processionnelle bordée de sphinx représentant le roi : ce sont les protecteurs de cette voie intermédiaire entre l’homme et le divin
  • Une entrée monumentale, avec 2 obélisques symbolisant des rayons de soleil pétrifiés et rappelant la création du monde
  • Un axe central dans le prolongement de celui de la porte principale
  • Différentes salles à colonnes, de plus en plus petites jusqu’au sanctuaire au fond
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Plan du temple de Khonsu – crédit Penn State University Library

 

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Entrée du temple de Louxor – crédit Thomas Favre-Bulle

Sur la façade des temples, les dieux sont représentés en compagnie du roi massacrant ses ennemis. En effet, le roi a un véritable pacte avec les dieux : il justifie son investiture par ceux-ci en faisant reculer les forces hostiles hors d’Egypte.

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Thoutmosis III abattant ses ennemis sur la façade du temple de Karnak – crédit Henri Kniffke

Derrière la façade, la première cour est à ciel ouvert et le public peut y être admis lors de certaines fêtes. On peut y trouver des représentations de scènes d’offrandes à la divinité sur les murs, ainsi que des statues-offrandes de prêtres ou de membres de la haute aristocratie.

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Cour péristyle du temple de Philae

Les salles situées derrière cette première cour sont fermées au public. Leur espace est plus réduit et elles disposent de plafonds. Les colonnes qui les soutiennent sont souvent pourvues de chapiteaux en forme de papyrus : ils sont épanouis si la colonne reçoit la lumière du jour, sinon fermés, dans une évocation de la première aube du monde.

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Colonnes au papyrus ouvert – temple de Philae – crédit Ian McKellar
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Colonnes au papyrus fermé à Karnak – crédit Aleksey Gureev

Enfin, au fond du temple se trouve le sanctuaire avec la statue du dieu. Cette statue reste cachée dans son tabernacle de pierre ou de bois, sauf lors des rituels ayant lieu 3 fois par jour. La statue bénéficie alors du même traitement qu’un être humain ! Elle est adorée, lavée, nourrie et habillée, toujours suivant des règles strictement codifiées.

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Sanctuaire du temple d’Edfou, avec la barque processionnelle et le tabernacle du dieu – Wikipédia

Le temple est ainsi une métaphore du monde lui-même : son soubassement représente la terre, sa partie centrale est consacrée au culte avec le roi comme intermédiaire entre les hommes et le dieu, et sa partie haute est en contact avec le ciel.

 

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