Éblouissants Arts d’Asie chez Christie’s

Saviez-vous que les expositions précédant les ventes aux enchères d’œuvres d’art sont en accès libre et gratuit ? J’ai eu le privilège de visiter en avant-première l’exposition Arts d’Asie chez Christie’s avec la commissaire-priseuse en charge de la vente. L’exposition est ouverte au public jusqu’au 12 juin. Dans le cadre splendide de la prestigieuse maison du 9 avenue Matignon, des pièces exceptionnelles sont soigneusement mises en valeur. Quel plaisir de flâner entre les peintures chinoises délicates, les porcelaines bleutées aux nuances subtiles ou les statues de Bouddha finement ciselées…

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Façade de chez Christie’s, 9 rue Matignon à Paris

La vente elle-même, qui aura lieu le mercredi 13 juin à 10h30 et 14h30, est aussi en accès libre : une parfaite occasion de vivre l’excitation des enchères qui montent et l’ébullition dans la salle !

 

Les ventes chez Christie’s

Les ventes Arts d’Asie ont lieu deux fois par an chez Christie’s, mi-juin et mi-décembre. Elles attirent des collectionneurs essentiellement chinois mais aussi européens et quelques thaïlandais. Les objets proviennent en effet surtout de Chine et un peu de Thaïlande et du Cambodge. Une seule œuvre japonaise est proposée, l’art japonais étant moins demandé actuellement. Pour en voir davantage, il faudra attendre la rentrée : toute une programmation culturelle célébrera le 160ème anniversaire des relations entre le Japon et la France.

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Vue de l’exposition

Christie’s dispose aussi de bureaux à Londres, New York et Hong Kong. Alors, pourquoi ces ventes d’art asiatique à Paris sont-elles si importantes ? Comme me l’a expliqué Camille de Foresta, commissaire-priseur, la promesse de Christie’s Paris est bien spécifique : les objets sont mis en vente pour la première fois, n’ont jamais été montrés sur le marché de l’art auparavant, et si possible sortent tout droit du vieux grenier des descendants d’explorateurs français partis à l’aventure en Asie ! Car les collectionneurs chinois sont passionnés par les histoires de ces objets, auxquels les voyages à travers le monde donnent une âme et un charme tout particulier – et donc une valeur accrue.

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Paysage d’automne, Shen Shijia (1961)

Pour les experts des maisons de vente, c’est aussi une véritable chasse au trésor qui s’engage pour dénicher les pièces les plus exquises possibles. Elles sont souvent retrouvées chez les héritiers de militaires ou diplomates envoyés en Asie dans les années 1850-1950, et parfois chez des familles tout à fait modestes. On imagine à quel point leur vie est alors bouleversée !

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Vue de l’exposition

La visite commence dès le rez-de-chaussée de la maison de vente. Après avoir admiré un très ancien torse de Bouddha Shakyamuni (« sage du clan des Sakyas », XIIe – XIIIe siècle) en schiste gris, au drapé particulièrement remarquable, on se dirige vers le grand escalier. En haut de la première volée de marches est exposée une superbe bannière polychrome, provenant d’un temple tibétain du XVIIIe siècle. Sa majesté et son élégance renforcent encore l’impression de monumentalité qui saisit le visiteur.

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Bannière peinte représentant Bouddha Shakyamuni (Tibet, circa XVIIIe siècle)

 

Peintures et textiles

Au premier étage, les salles thématiques regorgent d’objets rivalisant de beauté et de finesse. Lors de ma venue le montage était encore en cours, et l’effervescence des derniers préparatifs entre échelles à déplacer et cartels à ajuster a encore renforcé le charme de la visite.

Les deux premières salles ont leurs murs tapissés de peintures et de calligraphies chinoises de l’école moderne du XXe siècle, parfois du XIXe. Réalisées sur papier ou sur soie, elles sont ensuite montées sur rouleau (mais pas forcément à la même époque, tout comme nos cadres occidentaux). Les paysages de Wu Zheng, le dromadaire de Pu Ru, les fleurs de Wang Zheng… Tout est délicatesse, calme et sérénité. Mais c’est la série des Divinités des douze mois de Pan Zhenyong qui m’a le plus enchantée : les figures gracieuses évoluent sous des arbres effilés en fleurs, au dessin subtil, qui évoquent le ballet changeant des saisons.

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Paysages, Wu Sheng (1909)
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Divinité des douze mois, Pan Zhenyong (1902)

Au fil des œuvres, je comprends que l’art chinois a sans cesse repris les mêmes thèmes dans ses œuvres. Même si le style et les pigments ont changé, les sujets reviennent dans un éternel recommencement. Il est donc relativement simple de décoder l’iconographie symbolique des œuvres pour un premier niveau d’interprétation.

On peut ainsi décrypter la majestueuse bannière commémorative en soie datant de 1887. Cette tapisserie finement brodée de fils or et polychromes ornait probablement la salle d’un palais. Elle représente au centre la femme d’un haut dignitaire, accompagnée de son daim symbole de longévité. Au-dessus d’elle, les cinq chauves-souris symbolisent les cinq bénédictions (longévité, santé, amour, richesse, mort naturelle). Dans la première bordure d’encadrement, entre deux figures de dieux taoïstes, une grue blanche représente la sagesse. Tout en haut, le puissant dragon de l’Empereur est entouré de deux phénix, emblèmes de l’Impératrice. Enfin si l’on s’intéresse au détail des végétaux, on pourra retrouver la grenade ouverte de la fertilité.

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Textile commémoratif en soie brodée (Chine, 1887)

Deux autres panneaux de soie noire brodée mettent à l’honneur le motif de la grue stylisée en forme de cercle, parmi des nuages multicolores. Tout en haut, le caractère « shou » qui signifie bonheur est aussi très utilisé dans l’art chinois.

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Sept panneaux en soie brodée (Chine, fin de la dynastie Qing 1644-1911)

Plus loin, un magnifique paravent à quatre panneaux représente un phénix à deux têtes, avec des nuances de couleurs harmonieuses et des dégradés subtils. On retrouve la grue à gauche, les canards posés sur le lac représentent le couple et l’hirondelle comme les pivoines évoquent bien sûr le printemps.

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A droite : Phénix, Chen Zun (XVIe-XVIIe siècle)

La vente propose aussi des albums rares, comme le répertoire d’ornements de Collinot et Beaumont. Ses 40 planches regroupent les principaux motifs de l’art chinois, dans l’objectif d’inspirer un renouvellement des arts décoratifs européens. A côté, un coffret en bois contemporain abrite un ensemble de photographies de l’architecture du Palais impérial de Pékin. Véritable reportage sur la Cité Interdite réalisé par des japonais, il est un parmi 500 exemplaires très précieux pour l’histoire de l’art, permettant de connaître les détails de l’ameublement et de la décoration des palais.

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Ornements de la Chine, Collinot et Beaumont (1883)
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Volume de photographies de l’architecture du Palais impérial de Pékin reliées en un (Kazumasa Ogawa, 1906)

 

Porcelaines et objets laqués

La section des porcelaines présente des œuvres d’exportation destinées à l’Occident, notamment des garnitures en cinq pièces, ainsi que des objets réalisés pour le marché chinois. Parmi les pièces d’exportation, on trouve ce très étonnant singe émaillé ayant appartenu à Coco Chanel et qui tient la pêche de longévité dans sa main droite. Certains objets témoignent aussi du croisement entre art oriental et art occidental : cette très belle croix jésuite en bois à incrustations de nacre traitées à la chinoise, ces jardinières en émaux d’or et au décor pourpre, ou encore le bol au coq bien connu des occidentaux.

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Grand bol à punch en porcelaine de la famille Rose (Chine, époque Qianlong, 1736-1795)

Les pièces les plus poétiques ont des anses ou des becs verseurs en forme d’animaux, et on trouve aussi ce vase « à double carpes » enlacées, symbole de mariage heureux. Mais l’œuvre la plus importante est l’extraordinaire pot portant le sceau de l’Empereur Qianlong. D’un bleu extrêmement intense, il est orné de dragons flottant dans les nuages.

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Rare et important plat en porcelaine bleu blanc (époque Qianlong, portant le sceau de l’Empereur)

Plus loin sont exposés de superbes objets en jade et en laque, dont les plus anciens remontent aux dynasties Song (Xe-XIIIe siècle) et Ming (XIVe-XVIIe siècle). Leur laque rouge a une surface plus charnelle que celles de la dynastie Qing (XVIIe-XXe siècle), qui sont cependant plus détaillées, presque comme du travail d’orfèvre.

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A gauche : petit plateau quadrilobe en laque rouge Tixi (Chine, fin XIIIe siècle)
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Paire de grandes boîtes couvertes en laque rouge (Chine, XIXe siècle)

 

Sculptures rituelles

La dernière partie de l’exposition est consacrée aux sculptures. La salle principale expose les plus belles et les plus rares pièces proposées, comme ce boddhisattva Avalokitesvara (« Seigneur de l’infinie compassion ») et ses 9 paires de bras, qui a perdu son socle en forme de lotus. A côté, la statue en marbre du moine Luohan rayonne de sérénité.

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Statue d’Avalokitesvara en bronze doré (Chine, dynastie Ming XVIIe siècle)
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Rare et importante statue de Luohan en marbre blanc (Chine, dynastie Jin 1115-1234)

Au centre de la salle, un lion mythique en bois polychrome semble prêt à bondir. Sa posture dynamique, son expression féroce et le rendu très réaliste de son anatomie en font une sculpture d’une force plastique inouïe. Probablement placée à l’origine dans un temple, au pied d’une statue de Bouddha pour le protéger, cette créature fantastique fascine le visiteur qui est incité à tourner autour pour en admirer tous les détails. Il est également très ancien, datant de la dynastie Song.

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Rare et importante statue de lion mythique en bois polychrome (Chine, dynastie Song 960-1279)

Mais les deux dernières statues de Bouddha présentes dans cette salle sont assez uniques pour réclamer une attention sans faille. L’incroyable Bouddha Shakyamuni en bronze doré d’abord, venu du Tibet et datant du début du XVe siècle, au visage d’une stupéfiante finesse et rehaussé de touches de couleur : rouge délicat des lèvres, bleu azur des pupilles. Son nez en bec d’oiseau et ses yeux très allongés confirment son originalité. Son absolue sérénité exprime bien ce moment crucial où il atteint l’éveil spirituel.

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Rare et importante statue de Bouddha Shakyamuni en bronze doré (Tibet, début XVe siècle)

L’autre pièce maîtresse de la vente est une statuette mesurant à peine 19 cm de haut. Et pourtant, cette image de Padmapani en bronze doré est si minutieusement ouvragée qu’elle semble être l’œuvre d’un orfèvre. Pierres incrustées, fines incisions, dorures… Tous les détails sont parfaitement exécutés. La pièce est aussi particulièrement rare : originaire du Népal, elle date du XIIIe-XIVe siècle.

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Rare et importante statue de Padmapani en bronze doré (Népal, XIIIe-XIVe siècle)

Les dernières salles exposent d’autres statues de Bouddha ou de chefs spirituels. On y trouve l’unique sculpture japonaise de la vente, un Bouddha amida du XVIIIe siècle au style très caractéristique : niché dans sa mandorle en forme de feuille, il a un visage plus rond que les statues chinoises. Les Bouddhas thaïlandais ont quant à eux une silhouette plus allongée et des oreilles très effilées. On termine par des terres cuites trouvées dans des tombes, qui ont moins de succès auprès des acheteurs souvent superstitieux.

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Vue de l’exposition
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Statue de Bouddha amida en bois doré (Japon, début de l’époque Edo 1603-1868)

Cette exposition a donc été pour moi une formidable occasion de découvrir des pièces uniques et d’en apprendre plus sur l’art asiatique sous toutes ses formes. N’hésitez surtout pas à venir pousser la porte de l’espace d’exposition de Christie’s jusqu’à mardi 12 juin (10h-18h), ou à assister à la vente du 13 juin pour vivre l’expérience d’une vente aux enchères, ou même y participer !

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Vue de l’exposition

Informations pratiques :

  • Christie’s Paris, 9 avenue Matignon, 75008 Paris
  • Exposition de la vente Arts d’Asie, du 9 juin au 12 juin
  • Horaires des 11 et 12 juin : de 10h à 18h
  • Ventes du 13 juin : 10h30 et 14h30

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