Une superbe peinture de genre de la Renaissance flamande

Le prêteur et sa femme de Quentin Metsys (1514) est un magnifique exemple du renouvellement de l’art réalisé dès le début de la Renaissance flamande. Il m’a vraiment marquée lors de mon cours de l’Ecole du Louvre sur la Renaissance dans le Nord de l’Europe, donc j’ai eu envie de le partager avec vous !

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Le prêteur et sa femme, Quentin Metsys (1514)

Le sujet est déjà original en lui-même : c’est l’une des premières peintures de genre, c’est-à-dire qui représentent des scènes du quotidien. Un prêteur d’argent est pris sur le vif en plein exercice de son activité, avec sa femme qui lui jette un regard intrigué.

Contrairement à la peinture italienne de la même époque, ici pas de perspective même si l’image est très réaliste. Metsys s’inspire plutôt des Primitifs flamands dans sa figuration de l’espace, ainsi que pour son thème : c’est le même que pour Un orfèvre dans son atelier, peut-être Saint-Eloi de Petrus Christus (1449), qui est cependant encore un tableau religieux (quoi que cela soit débattu).

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Un orfèvre dans son atelier, peut-être Saint-Eloi, Petrus Christus (1449)

Certains objets peints renvoient également aux primitifs : le chapelet en cristal au fond à gauche, ainsi que le miroir convexe au premier plan, sont de claires références aux Epoux Arnolfini de Van Eyck (1434).

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Les Epoux Arnolfini, Jan Van Eyck (1434)

Mais même s’il s’agit d’une scène de genre, les références religieuses sont nombreuses : l’activité de pesée avec la balance renvoie à la pesée des âmes lors du jugement dernier ; la femme tient un livre de prières, comme pour faire contrepoids à l’activité pécuniaire de son mari. Quant au vase transparent, il symbolise la pureté de la Vierge. Le tableau s’inscrit ainsi dans le nouveau courant de la « devotio moderna », une pratique de la religieux plus individualisée qui se répand avec la Réforme protestante.

Metsys pose ici l’une des questions fondamentales de l’époque : comment concilier vie profane et vie spirituelle, sans pour autant condamner l’activité commerciale. Il rejoint la vision humaniste d’Erasme d’un Christianisme simplifié, modéré et plus personnel.

Du point de vue purement esthétique, c’est aussi un chef d’œuvre : observez le rendu des détails et de la couleur, la douceur du visage de la femme, les mains très fines qui laissent deviner les os sous la peau…

N’hésitez pas à aller le voir au Louvre (il est exposé au 2e étage de l’aile Richelieu), vous ne serez pas déçus !

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