Les merveilles de « Jade » au Musée Guimet

Plus que quelques jours pour voir l’exposition « Jade » au musée Guimet qui se termine le 16 janvier ! Je vous recommande vraiment de ne pas la manquer… Elle fait d’ailleurs partie de mon Top 3 des expositions de l’automne 2016 !

Comme je l’évoquais dans mon article précédent, un mot résume mon ressenti immédiat après la visite de cette expo : l’émerveillement ! Les objets en jade sont extrêmement raffinés et les détails minutieux et subtils. On découvre que le jade possède plusieurs coloris et peut se travailler de mille façons différentes… pour donner des œuvres plus éblouissantes les unes que les autres.

On n’a qu’une envie, c’est les toucher ! Et les commissaires l’ont bien anticipé : en introduction de l’expo, il est possible de toucher deux blocs de jade pour percevoir la matière brute ou polie. Cette pierre, que l’on trouve dans les rivières ou les montagnes, est particulièrement dure : comparée au diamant qui est au niveau 10, elle est à 6 ou 7 ! Sa taille nécessite donc des techniques bien spécifiques.

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Jade brute et jade poli à toucher

L’exposition consacre toute sa première partie aux deux empereurs de la dynastie des Qing les plus férus de jade au 18e siècle : Yongzheng (1723-1735) et surtout Qianlong (1736-1795). Et ce n’est pas qu’un goût esthétique : le jade participe activement aux rituels chinois ! L’empereur, qui garantit l’harmonie du monde entre les deux forces du Ciel et de la Terre, utilise par exemple des tablettes de jade lors des cérémonies en l’honneur du soleil. Les tablettes et les ceintures en jade sont également un signe de pouvoir pour les hauts fonctionnaires qui en possèdent.

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Ces trois anneaux représentent le Ciel, la Terre et l’Homme, dont l’union garantit l’harmonie de l’Univers

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Phénix (à gauche)

Qianlong est celui qui a étendu l’Empire chinois à son maximum. Il conquiert des territoires islamiques au Nord-ouest, qui lui donnent accès à de nouveaux gisements de jade. Homme cultivé, il dédie des poèmes au jade et les fait graver sur des objets ! C’est aussi un amoureux des paysages : lors d’une visite de ses provinces du Sud, ébloui par la nature qui l’entoure, il se fait construire un palais près d’un temple sur le Fleuve jaune. Pour en garder une trace éternelle, il fait graver ce lieu magique sur jade !

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La « carte de jade » de Qianlong (vers 1780)

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Les Qing sont les héritiers de la culture lettrée née sous la dynastie des Song (960-1279) et développée par les Ming (1368-1644) (entre les deux, la Chine est sous la domination des Khan Mongols). Elle est d’abord restreinte à des cercles d’experts, puis aux marchands, et arrive enfin à la cour royale sous les Qing.

Le lettré possède différents objets souvent en jade (ou en porcelaine) comme des porte-pinceaux, godets à eau, verseuses… Les motifs décoratifs sont souvent végétaux : les arbres (pins, bambous, prunus), le lotus évoquant la pureté ou les fleurs symboles des saisons et des vertus. La montagne représente l’isolement volontaire de l’homme de lettres pour méditer au calme.

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Repose-pinceaux aux cervidés
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Verseuse

Le travail du jade trouve donc ses sources sous les Song et les Ming (du 10e au 17e siècle). Inspirés de l’antique, les artistes chinois ajoutent petit à petit de nouveaux motifs sur les objets : des volutes, des animaux comme les dragons-tigres ou les phénix… Ils utilisent aussi beaucoup plus les couleurs brun-rouge et ambre.

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Vase en forme de corne (rhyton) à décor archaïsant – il avait une fonction rituelle car on pensait que le jade transmettait à l’eau des pouvoirs de régénérescence !

Qianlong poursuivra cette tradition d’imitation de l’antique et des modèles anciens. Il privilégie les vases rituels, tablettes et disques-bi (objets datant du néolithique et utilisés dans des rituels chamaniques ou funéraires) dans un style plus simple que ses prédécesseurs. La tablette ci-dessous en est un parfait exemple : transmise de génération en génération depuis le néolithique jusqu’à la cour de Qianlong, elle est retravaillée par les ateliers de l’Empereur qui la montent en écran. Et Qianlong écrit lui-même les poèmes gravés dessus, qui louent les qualités de cet objet unique !

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Tablette-écran de Qianlong

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Jade rouge « de feu » (cornaline)

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Disques-bi

Contre le goût de Qianlong, certains objets en jade continuent d’être plutôt surchargés. En 1794, l’Empereur ira jusqu’à publier un décret pour interdire ce genre de production !

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Le goût chinois pour le jade se diffuse dès le 7e siècle aux cultures qui entourent la Chine, notamment l’Orient islamique depuis l’Asie Centrale vers l’Iran et l’Empire Ottoman à partir du 16e siècle – et même l’Inde à partir du 17e siècle.

Les artistes chinois sont eux-mêmes influencés par leurs voisins et développent des thématiques artistiques « non traditionnellement chinoises ». Les nouveaux motifs combinent eaux et montagnes, ou représentent des cortèges de musiciens ou de danseuses célestes célébrant le bouddhisme. Plus tard, ces objets seront aussi collectionnés par Qianlong qui les appréciait beaucoup !

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Verseuse céladon

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Plat à motif de dragon

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Cabinet de curiosités de Qianlong

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Revers de miroir moghol

A partir du 17e siècle, le jade arrive en Occident et se répand dans toute l’Europe : Italie, Allemagne, Danemark, Espagne… Et surtout en France : Louis XIV en possède, et sous le Second Empire Napoléon III et sa femme Eugénie exposent des œuvres en jade dans leur résidence secondaire de Fontainebleau (mais au prix du sac et de l’incendie du Palais d’été de Pékin par les armées françaises et britanniques en 1860 malheureusement…).

La magnifique boîte ci-dessous est un exemple de cette collection : en jade céladon, cette œuvre de l’époque de Qianlong en forme de fleur est inspirée des boîtes à épices ou cosmétiques indiennes.

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Boîte en jade céladon
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Coupe à fleur

Enfin, le nouveau mouvement Art déco en Europe soutient le développement du goût pour le jade et l’art chinois en général. Au début du 20e siècle, la maison Cartier crée des bijoux, horloges ou encore étuis à cigarettes à partir de pierres de jade ou autres matériaux orientaux. On retrouve l’impératrice Eugénie comme l’une de ses premières clientes ! Les joailliers s’efforcent de respecter les pierres, tout en les rehaussant avec des sertissages d’or ou de platine, des points de diamant, de perle ou de rubis… pour les rendre plus belles encore !

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Collier en jade
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Horloge Art déco

Une expo éblouissante à aller voir d’urgence donc ! L’espace d’exposition lui-même, entre décors asiatiques et ambiance tamisée, plonge le spectateur dans l’ambiance dès l’entrée. Les objets présentés témoignent d’un art délicat et gracieux, auquel il me semble impossible de rester indifférent. Et bien sûr, j’ai été ravie d’en apprendre plus sur l’histoire de l’art en Chine. Cette expo m’a vraiment donné envie d’en savoir plus !

Pour découvrir ces merveilles de jade, rendez-vous au Musée Guimet, 6 place d’Iena à Paris, jusqu’au 16 janvier 2017 !

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