La douceur d’un sourire mésopotamien

Aujourd’hui, je vous propose de rencontrer Ebih-Il, un dignitaire ou « super-intendant » ayant vécu en Mésopotamie autour de 2340 ou 2250 avant JC.

Les archéologues le connaissent grâce à la statuette ci-dessous, qui mesure environ 50 cm de haut. Mais que cache donc son sourire si particulier, plein de douceur, qui nous donne l’impression d’une profonde bienveillance ?

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Ebih-Il est en pleine prière, les mains jointes. Or les statues représentant des personnages de la haute aristocratie dans une telle posture (appelées « orants » par les archéologues) étaient traditionnellement déposées dans des temples. Les prières de ces nobles devenaient ainsi éternelles…

Et c’est bien le cas d’Ebih-Il, qui a été retrouvé dans un temple de la cité de Mari (aujourd’hui située en Syrie) dédié au culte d’Ishtar, déesse de la guerre et de la fertilité. Cela nous est confirmé par l’inscription figurant sur l’épaule droite du personnage en écriture « cunéiforme », c’est-à-dire en forme de clous. Cette première forme d’écriture est obtenue grâce à un roseau taillé (appelé « calame ») avec une extrémité triangulaire et l’autre ronde ou pointue.

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Détail de l’épaule d’Ebih-Il – Crédit Derek A Young
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Traduction du texte figurant sur l’épaule d’Ebih-Il – Crédit Derek A Young
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Calame – Wikipédia

Le raffinement de la statuette montre la virtuosité des artistes mésopotamiens dès le 2e millénaire avant notre ère, dans cette région qui correspond aujourd’hui à une vaste étendue depuis le golfe Persique jusqu’à la Turquie, incluant l’Irak et une partie de la Syrie.

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Carte de la Mésopotamie – Wikipédia

Le spectateur remarque immédiatement ses yeux d’un bleu profond captivant. Et avec raison, car ils sont faits de lapis lazuli, un métal introuvable en Mésopotamie. Ce minéral précieux était donc importé d’une contrée lointaine… L’Afghanistan !

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Détail de la tête d’Ebih-Il – Crédit Claude Valette

L’œil attentif peut aussi remarquer que les détails de son pagne en peau de mouton (ou « kaukanès ») et la vannerie de son tabouret sont extrêmement soignés par rapport aux statues antérieures. Ainsi l’exemple ci-dessous date de -2750 / -2600, soit 300 à 400 ans avant Ebih-Il, et a été retrouvé en Irak. Le bas de la robe du personnage semble bien être un kaukanès, mais la peau de mouton est simplement figurée par des traits verticaux, au contraire de celle d’Ebih-Il qui est bien plus travaillée.

N’hésitez pas à aller rencontrer Ebih-Il en personne au Louvre, dans la section des Antiquités Orientales. Il vous attend dans la première salle consacrée à la Mésopotamie !

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